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Le gouverneur général David Johnston et les innovations canadiennes qui ont façonné le monde

Le gouverneur général du Canada expose dans un livre comment l’innovation canadienne a façonné le monde — et ce n’est qu’un début.

Les mots invention et innovation ne diffèrent que de quelques lettres, mais leur signification est profondément différente. Lorsque le gouverneur général du Canada, Son Excellence le très honorable David Johnston, a entrepris d’écrire un livre sur l’innovation canadienne, cette distinction est apparue au grand jour. L’innovation, en est-il venu à comprendre, est beaucoup plus que la mise au point d’un nouvel outil ou la création d’une technologie nouvelle. C’est un état d’esprit.

C’est l’idée fondamentale qui sous-tend le récent ouvrage qu’il a écrit avec Tom Jenkins, président du Conseil national de recherches du Canada, ouvrage intitulé en anglais Ingenious: How Canadian Innovators Made the World Smarter, Smaller, Kinder, Safer, Wealthier, and Happier et traduit en français sous le titre Ingénieux — Innovations canadiennes qui ont rendu le monde meilleur. Du recyclage à la physique nucléaire, en passant par la boîte à œufs et la Déclaration des droits de l’homme, le livre relate des idées canadiennes qui ont contribué à façonner le monde.

Au cours d’une récente visite à l’Institut Périmètre, le gouverneur général a accordé une entrevue à Dans le périmètre pour parler de ce livre, des choses surprenantes qu’il a apprises en l’écrivant et du rôle fondamental de la science dans l’innovation.

Dans le périmètre : Qu’est-ce qui a motivé l’écriture de ce livre?

David Johnston : C’était la volonté de Tom [Jenkins] et de moi-même de renforcer la culture de l’innovation au Canada. Il y a 6 ans et demi, mon discours d’installation comme gouverneur général, intitulé Une nation avertie et bienveillante : l’appel du devoir, comportait 3 piliers : la famille et les enfants, l’apprentissage et l’innovation, la philanthropie et le bénévolat. Ces thèmes semblent se rejoindre dans la notion d’innovation.

Dans le périmètre : Le mot innovation est beaucoup employé de nos jours. Que signifie-t-il pour vous?

David Johnston : Le terme innovation est très large, mais son sens le plus simple consiste à mieux faire les choses. En général, il s’agit de partir d’une idée existante et de la mettre en œuvre d’une certaine manière pour améliorer un processus, une institution ou une technologie. Le mot innovation vient du Latin innovare, qui signifie rafraîchir ou modifier. Cette notion de fraîcheur est très intéressante : voir les choses d’un œil neuf ou d’un angle nouveau, et agir un peu différemment. Une innovation consiste très souvent en une suite d’étapes, et non en un éclair qui survient à un moment donné. C’est une série d’ampoules qui s’allument et permettent de construire quelque chose.

Dans le périmètre : Parlant d’ampoules, elles occupent une place intéressante dans le livre.

David Johnston : Parmi les 297 histoires racontées dans le livre, l’une de mes préférées est celle de l’ampoule à incandescence, non seulement parce qu’elle est un symbole d’une idée nouvelle, mais aussi parce qu’elle est une histoire canadienne typique. L’ampoule à incandescence a été brevetée ici, au Canada, par 2 inventeurs. Ils n’avaient pas l’argent nécessaire pour commercialiser leurs inventions, mais Thomas Edison était en train de mettre sur pied la société General Electric (GE). Il a déposé de nombreux brevets, mais il en a aussi collectionné et acheté beaucoup. Il a acheté les brevets des inventeurs canadiens, a fabriqué l’ampoule à incandescence, puis Westinghouse et GE sont devenus les grands producteurs mondiaux d’ampoules à incandescence.

Dans le périmètre : Comment votre propre perception de l’innovation canadienne a-t-elle changé pendant la rédaction du livre?

David Johnston : Du tout au tout! Tom et moi disons que nous avons été renversés par le nombre d’histoires d’innovation. Nous pensions écrire un livre dans lequel nous raconterions l’histoire d’une cinquantaine de grandes innovations canadiennes. Nous avons constaté qu’il n’y avait aucune base de données à ce sujet au Conseil national de recherches ou au Musée des sciences et de la technologie. Nous avons donc entrepris de créer une telle base de données, qui est maintenant en place au Musée des sciences et de la technologie. Nous avons commencé par 50 histoires, puis nous sommes passés à 150 pour le 150e anniversaire du Canada, mais il y en avait encore et encore. Nous avons dû finalement nous arrêter à 297, parce que notre éditeur disait que nous ne pouvions pas en mettre davantage dans le livre! Nous nous rendons compte maintenant que nous avons laissé de côté beaucoup, beaucoup d’innovations, qui sont incluses à l’heure actuelle dans un projet en cours dans le cadre d’innovationculture.ca.

Dans le périmètre : Qu’est-ce qui fait du Canada une terre particulièrement fertile pour l’innovation?

David Johnston : Le pays lui-même est une expérience d’innovation et de diversité. Comment réunir de manière productive et harmonieuse un si grand nombre de cultures différentes? Notre société a tendance à privilégier la collectivité plutôt que l’individualisme. Nous constituons une expérience collective qui a dû composer avec un climat rude, de grandes distances et une faible population. Et de plus nous nous sommes rendu compte que l’immigration, qui a bâti le pays, a ajouté de nouvelles vagues d’enthousiasme et d’énergie, génération après génération.

Dans le périmètre : Quel rôle voyez-vous pour le Canada dans le monde, en cette époque trouble?

David Johnston : Nous devrions, d’une certaine manière, jouer le rôle d’Athènes face aux nouvelles Rome : ne pas avoir la plus grande armée, ni le plus gros produit intérieur brut, mais être un lieu de prédilection pour l’apprentissage, un apprentissage généreusement partagé avec le reste du monde.

Dans le périmètre : Quel rôle la recherche fondamentale, comme celle qui se fait ici, à l’Institut Périmètre, joue-t-elle dans l’innovation?

David Johnston : La curiosité est à la base de l’apprentissage. Si vous pouvez amener des esprits à poser les bonnes questions, il en résulte de bonnes choses. La recherche fondamentale stimule notre curiosité. Je crois que l’Institut Périmètre jouera le rôle suivant : faire en sorte que nos citoyens, en particulier les plus jeunes, puissent aller jusqu’aux limites de leur talent et au-delà. Cela ne viendra pas seulement d’une augmentation de la masse critique de gens qui réfléchissent, mais aussi de la curiosité, et du besoin de faire appel à l’innovation pour améliorer la vie des autres personnes.

Dans le périmètre : Vous êtes étroitement associé à l’Institut Périmètre depuis ses tout débuts. Pourriez-vous s’il vous plaît compléter la phrase : Je fais partie de l’équation de l’Institut Périmètre parce que…

David Johnston : Parce que l’Institut est très important pour le Canada, et très important pour le monde de l’innovation – afin de mieux faire les choses. Ce lieu est un sommet, un phare qui illumine. Lorsque Mike [Lazaridis, fondateur de l’Institut Périmètre] a commencé à parler d’un endroit où se réuniraient les meilleurs penseurs en physique fondamentale, c’était de la musique à mes oreilles. Ce qui m’impressionne vraiment, c’est de voir jusqu’où l’Institut Périmètre est parvenu en relativement peu de temps. Il faut en général des décennies et des décennies pour construire une grande institution. Celle-ci est devenue un chef de file mondial en un peu plus d’une décennie, ce qui est tout à fait remarquable.

Une nation d’innovation : le gouverneur général David Johnston

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