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Le tableau noir vivant

Alexa Meade, première artiste en résidence à l’Institut Périmètre, joue avec la perception et la compréhension.

Les tableaux noirs sont omniprésents à l’Institut Périmètre. Dans chaque couloir, dans chaque salle de cours et dans chaque coin tranquille, ils invitent constamment les chercheurs à discuter de questions difficiles sur le fonctionnement de l’univers.

Mais en cet après-midi d’automne, un tableau noir nouveau et particulier attire l’attention plus que les autres. Le murmure d’un attroupement se fait entendre au milieu des éclairs des appareils photo.

Ce tableau met au défi non seulement le cerveau de l’observateur, mais aussi son intuition, en répondant à son regard. Puis il cligne des yeux.

Ce tableau est l’œuvre d’Alexa Meade, artiste peintre vivant en Californie et, pendant 10 jours en septembre, première participante au programme rassembleur d’artistes en résidence de l’Institut Périmètre.

Les yeux qui clignent n’appartiennent pas à l’artiste, mais à ses 2 sujets, Lauren Hayward Sierens et Laurent Freidel, qui se fondent presque imperceptiblement dans le paysage crayeux.

Mme Meade a étalé de la peinture sur ces physiciens de l’Institut de la tête aux pieds — y compris les vêtements, les cheveux, le visage et le reste — avec des nuances de noir et de gris. Les couleurs et les taches imitent presque parfaitement le tableau noir tridimensionnel qui entoure les personnages : un demi-cube formé de 2 murs et d’un plancher, pleins de calculs inscrits à la craie depuis une semaine par des scientifiques de l’Institut Périmètres.

À la manière de caméléons, ses sujets deviennent des éléments d’un diorama vivant.

En peignant ses sujets « à l’intérieur » de leur environnement mathématique, Alexa Meade a créé une illusion saisissante qui fausse les perceptions. Ses sujets vivants, qui respirent et clignent des yeux, semblent être passés de personnes tridimensionnelles à des portraits bidimensionnels.

« J’aime les œuvres d’art qui jouent avec notre sens des dimensions et nos perceptions », déclare Mme Meade, qui a exposé dans des galeries d’art dans le monde entier.

« L’Institut Périmètre m’a proposé d’être artiste en résidence en partie à cause de ma façon de jouer avec les dimensions, alors que plusieurs de ses scientifiques font des recherches dans la 4e dimension et au-delà.  » [traduction]

Même si elle ne prétend avoir aucune expertise en physique théorique, Mme Meade est arrivée à l’Institut Périmètre avec une curiosité insatiable, une personnalité extravertie et la liberté de poser toute question à n’importe qui. Bien avant de commencer à travailler sur son œuvre, elle a pris un café avec des chercheurs, a joint des équipes de collaboration interdisciplinaire et observé des physiciens en train de faire de la physique. Elle a animé un atelier de peinture au cours de l’une des soirées familiales habituelles de l’Institut, encourageant les enfants des chercheurs — et les chercheurs eux-mêmes — à se salir et à faire preuve de créativité.

Suzanne Luke, responsable du programme d’artistes en résidence, dit que l’intrépidité d’Alexa Meade a joué un rôle crucial dans ce projet : « Comme elle n’est pas gênée de poser des questions, cela a produit une formidable synergie entre les processus créatifs et scientifiques. » [traduction]

Avant de créer une œuvre d’art où des gens sont immergés dans leur milieu, Mme Meade dit qu’elle doit d’abord tenter de comprendre ces gens et ce milieu.

« Il y a ici un nombre incroyable d’esprits extraordinaires, de génies qui travaillent ensemble, dit-elle. Je n’ai qu’à écouter, à absorber et à essayer de poser des questions provocatrices. Cela force les scientifiques à repenser vraiment à leurs fondements. » [traduction]

L’un de ces scientifiques est Laurent Freidel, depuis longtemps professeur à l’Institut Périmètre, dont les recherches portent souvent sur des dimensions supplémentaires, et qui s’est porté volontaire pour devenir l’un des portraits vivants de l’artiste.

Pendant une semaine avant de se faire badigeonner de peinture, M. Freidel a eu plusieurs conversations avec Mme Meade sur l’art et la science, et sur les parallèles inattendus entre les deux.

« Un physicien comprend la différence fondamentale entre ce que l’on perçoit avec les yeux et la réalité, dit-il. Je crois que son art exprime bien cette différence. » [traduction]

Laurent Freidel et Lauren Hayward Sierens, étudiante diplômée associée à l’Institut Périmètre, sont restés assis pendant des heures, devant leurs collègues, pendant que l’artiste les peignait dans leur environnement, puis photographiait le résultat.

Des centaines de photos plus tard, ils émergent pour se laver. Le tableau noir tridimensionnel d’Alexa Meade sera démantelé; il n’a jamais été question qu’il devienne une œuvre permanente. Comme tous les tableaux noirs de l’Institut Périmètre, il a représenté un instantané d’une fugace collaboration, destiné à être effacé pour faire place à de nouvelles idées.

Pour Alexa Meade, cette notion d’impermanence constitue un aspect important de sa résidence à l’Institut. Elle souligne que les idées et les perceptions sont vivantes, et qu’elles sont encore plus vivantes lorsqu’on les remet en question.

« L’art est une manière d’interpréter le monde, dit-elle. La physique en est une autre. Elles n’ont pas besoin d’être séparées. Je crois qu’elles peuvent collaborer à révéler certains des mystères qui nous entourent. » [traduction]

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