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Les gens de l’IP — Prince Osei, pionnier ghanéen

Après avoir obtenu le premier doctorat en mathématiques jamais conféré par l’Université du Ghana, Prince Osei s’attaque à des problèmes complexes de gravitation quantique et constitue un exemple inspirant pour la jeune génération.

Le parcours de Prince Osei a été marqué par un entêtement presque pathologique à ne pas suivre les suggestions des autres.

Maintenant qu’il est chercheur et qu’il s’attaque à certains des problèmes les plus difficiles de gravitation quantique, on constate que son instinct l’a bien guidé et que son exemple motive d’autres aspirants physiciens mathématiciens de son Ghana natal.

Lorsqu’il était enfant à Akim Oda, petite ville de l’Est du Ghana, Prince Osei passait beaucoup de temps à jouer au football dans la rue ou à chasser à la campagne. Alors qu’il n’avait que 10 ou 11 ans, son père — comptable de l’école secondaire locale ainsi que fermier — avait peur qu’il devienne un jeune à problèmes et l’a envoyé dans un pensionnat d’Accra, la capitale du Ghana, pour qu’il soit « quelqu’un de bien ».

Soudainement séparé de sa famille, Prince Osei a dû apprendre à faire les choses par lui-même, y compris se défendre contre l’intimidation. Il a trouvé l’adaptation difficile, mais il est ressorti de l’expérience avec un sentiment profond d’indépendance.

Au 1er cycle du secondaire, un enseignant de mathématiques a écrit une équation simple au tableau et a demandé si quelqu’un de la classe voulait la résoudre. Prince Osei s’est porté volontaire, mais il a fait une erreur dans sa solution.

« Le prof m’a fait mettre devant la classe et m’a dit que, comme je n’avais pas pu résoudre ce problème, j’étais stupide et je ne pourrais aller nulle part, se rappelle-t-il en riant. Ce soir-là, je me suis dit : ‘Non, je vais prouver à cet homme que je ne suis pas stupide’. J’ai pris tous les livres de mathématiques qui me tombaient sous la main et je me suis mis à beaucoup lire. » [traduction]

Il s’est aussi fait aider par des amis qui étaient de meilleurs élèves que lui, troquant même avec l’un d’eux de la nourriture contre des séances de tutorat. « À la fin de la session, j’ai eu de meilleures notes que lui » [traduction], ajoute-t-il en riant.

Les bonnes notes sont devenues une habitude. Prince Osei a terminé le 1er cycle du secondaire en tête de sa classe et a choisi de poursuivre ses études secondaires dans la meilleure école du pays en sciences, au grand plaisir de son père, qui espérait que son fils étudie la médecine. Le seul problème, c’est que Prince Osei n’aimait pas la biologie. « Je devais faire consciemment des efforts pour m’assurer d’avoir de mauvaises notes en biologie et au moins 90 % en mathématiques, se souvient-il. À la fin de la session, j’ai montré le bulletin à mon père en lui disant : ‘Regarde, je ne suis pas bon en biologie, mais je suis excellent en mathématiques.’ » [traduction]

Le jeune homme a fini par convaincre son père en faveur de sa matière préférée et a commencé à étudier les mathématiques non loin de là, à l’Université du Ghana, suivant au passage quelques cours de physique théorique. Il y est resté pour faire une maîtrise, choisissant comme domaine d’études la gravitation quantique après avoir cherché en ligne les problèmes non résolus les plus difficiles de la physique mathématique.

« Être bloqué et se battre pendant longtemps pour finalement obtenir un beau résultat est gratifiant, explique M. Osei. J’aime étudier les mathématiques. Cela m’enthousiasme. Et je crie de joie lorsque j’obtiens de beaux résultats. » [traduction]

La chance d’une rencontre

Vers la fin de ses études de maîtrise, Prince Osei a eu la chance de rencontrer Bernd Schroers, professeur à l’Université Heriot-Watt, en Écosse, qui travaille aussi sur la gravitation quantique. En vacances en Afrique de l’Ouest, M. Schroers s’est trouvé au Département de mathématiques de l’Université du Ghana pendant une discussion sur les équations différentielles. Après avoir bavardé avec Prince Osei, M. Schroers a demandé à celui-ci de lui montrer son mémoire de maîtrise.

« Il était debout au soleil, parcourant le document, et nous discutions, raconte M. Osei. Au bout d’un moment, il m’a demandé si j’accepterais qu’il dirige ma thèse de doctorat. » [traduction]

Beaucoup d’étudiants auraient immédiatement saisi cette chance, mais Prince Osei a refusé poliment. La plupart de ses amis et collègues étaient partis faire leur doctorat en Amérique du Nord, et c’est là qu’il envisageait d’aller lui aussi.

Mais il se trouve que Bernd Schroers est lui aussi un peu entêté. Il a fallu des mois, de nombreux courriels, une autre visite au Ghana, puis un voyage à Édimbourg pour un atelier sur la gravitation quantique et la géométrie non commutative, mais Prince Osei a fini par accepter de travailler avec lui.

De 2009 à 2012, le doctorant a passé 3 mois par année à Édimbourg, ainsi qu’un peu de temps à l’Institut africain de sciences mathématiques (AIMS) en Afrique du Sud et à l’Institut Périmètre. Mais il est surtout resté à l’Université du Ghana — qui n’avait jamais décerné de doctorat en mathématiques depuis sa fondation en 1948.

« J’ai obtenu le premier doctorat en mathématiques remis par l’université en 65 ans d’existence, dit-il. Avant que j’obtienne mon doctorat, le plus jeune Ghanéen titulaire d’un doctorat au département avait 65 ans. » [traduction]

Après avoir passé 3 ans à contribuer à la mise sur pied de l’AIMS-Ghana à titre de directeur des études, Prince Osei est arrivé à l’Institut Périmètre en août 2015 comme boursier postdoctoral africain des instituts Fields et Périmètre. Un an plus tard, il est devenu postdoctorant à plein temps. « Je voulais depuis longtemps passer du temps ici, déclare-t-il. Le milieu est tellement stimulant. J’avais beaucoup d’idées en tête et j’avais besoin de prendre le temps d’y réfléchir. C’était l’endroit idéal pour cela. » [traduction]

Un nouveau pôle quantique

Ces idées portent en grande partie sur l’algèbre quantique et l’utilisation de l’algèbre pour aborder des problèmes de gravitation quantique — notamment le rôle des groupes quantiques en géométrie non commutative et en théorie quantique des champs topologiques.

Depuis quelque temps, il s’intéresse également à l’informatique quantique topologique, à cause de sa relation avec la gravitation quantique dans 2+1 dimensions. C’est un domaine qu’il pourra explorer davantage dans ses nouvelles fonctions de chargé de projet de Quantum Leap Africa (Saut quantique Afrique). Situé à Kigali, au Rwanda, QLA est un pôle de science et technologie de l’information quantique créé par l’AIMS pour effectuer des recherches à fort impact en analyse de masses de données, en science et technologie de l’information quantique, de même qu’en conception de systèmes intelligents.

« L’idée est de mettre sur pied en Afrique un centre de recherche de classe mondiale, explique M. Osei. L’Afrique a raté la révolution industrielle, puis la révolution numérique. Mais une révolution quantique pointe à l’horizon et nous ne voulons pas la manquer. Nous voulons en fait mettre sur pied ce centre de recherche pour être à l’avant-garde de la révolution quantique. » [traduction]

Pour le moment, Prince Osei est enthousiasmé par l’occasion que lui offre le projet QLA, mais il aimerait ultimement rentrer dans son pays natal et contribuer à l’essor du Département de mathématiques de l’Université du Ghana. L’an dernier, 4 ans après que M. Osei ait obtenu son doctorat, l’Université du Ghana a décerné 3 autres doctorats en mathématiques.

« Beaucoup de jeunes qui me suivent ont été inspirés, déclare-t-il. Si je me concentre sur mes tâches et que j’essaie d’atteindre mes objectifs, cela constituera naturellement un encouragement pour d’autres. » [traduction]

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