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Mot du directeur : de nouveaux horizons

Robert Myers, directeur de l’Institut Périmètre, s’exprime sur les défis et le plaisir d’explorer de nouveaux horizons.

Perimeter Institute Director Robert Myers.

Lorsque les gens parlent de l’Institut Périmètre, ils mentionnent souvent son âge : nous avons ouvert nos portes il y a moins de 20 ans. Cela se remarque. Par rapport à ses pairs comme l’Institut d’études avancées de Princeton (fondé en 1930) et l’Université de Stanford (1885), sans parler de l’Université de Cambridge (1209), l’Institut Périmètre est très jeune, et beaucoup trouvent étonnante notre rapide ascension sur la scène scientifique.

Mais je crois qu’il est important de mettre en perspective le « jeune Institut Périmètre » : dans le monde de la physique théorique, 20 ans est une longue période. Il est surprenant de constater quelle proportion des recherches menées aujourd’hui à l’Institut Périmètre aurait été impossible, et même impensable, il y a 20, 10 ou même 5 ans.

Je pense par exemple à la rencontre de l’informatique et de la physique — objet de ce numéro —, qui est plus riche et plus étonnante que quiconque l’avait prévu. La conférence sur l’apprentissage automatique a montré l’apport à la physique d’idées venues de l’informatique et de la théorie de l’information. Les travaux sur l’inférence causale montrent l’apport d’idées des fondements quantiques à la science de l’information. Autrement dit, la rencontre est fructueuse dans les 2 sens. Entre-temps, des domaines tels que la cosmologie — qui souffraient d’un manque de données — nagent maintenant dans les données, quand ils n’en sont pas carrément inondés. Des informaticiens comme Kendrick Smith et Dustin Lang travaillent au traitement de telles données.

L’Institut Périmètre est conçu comme un lieu propice à ce genre de travaux. Nous adoptons délibérément des manières diverses — et même opposées — d’aborder des problèmes fondamentaux. Nous croyons que des choses intéressantes se passent aux points de rencontre entre domaines, et nous faisons tout en notre pouvoir pour faciliter la communication par-delà les frontières entre disciplines et mettre sur pied diverses collaborations. Nous ne nous soucions pas des limites entre sous-domaines et nous les franchissons allègrement.

On peut citer le PIQuIL (Perimeter Institute Quantum Intelligence Lab – Laboratoire d’intelligence quantique de l’Institut Périmètre), mis sur pied récemment, qui réunit chercheurs, étudiants, entreprises et partenaires gouvernementaux dans un assemblage enthousiasmant à la jonction de l’intelligence artificielle et de l’informatique quantique. Ou encore les récentes découvertes réalisées à l’aide du télescope CHIME. Il y a plusieurs années, Kendrick Smith, titulaire de la chaire Famille-Daniel-James-Peebles, a passé un an à redéfinir le pipeline de données pour CHIME (Canadian Hydrogen Intensity Mapping Experiment – Expérience canadienne de cartographie d’intensité de l’hydrogène). Cela a augmenté de beaucoup l’efficacité du télescope et rendu possible la résolution de nouveaux problèmes. Par la suite, Kendrick Smith a dirigé une équipe de l’Institut Périmètre qui a mis au point des techniques mathématiques permettant à CHIME de détecter des sursauts radio rapides, mystérieuses impulsions de fréquence radio ayant une grande énergie et venues de l’espace lointain.

Dans une université, un jeune professeur tel que Kendrick Smith aurait pu se sentir poussé à publier des analyses récentes de données, au lieu de passer un an à modifier un logiciel et à inventer de nouvelles méthodes d’analyse. Pour notre part, nous disons à nos jeunes professeurs de ne pas se préoccuper des taux de publication et des nombres de citations, mais plutôt de comment ils peuvent avoir un impact réel.

On me demande souvent, à titre de directeur de l’Institut Périmètre, à quoi sert tout le travail que nous faisons. Quand je réfléchis à cette question, je me rappelle J.J. Thomson, qui a découvert l’électron en 1897. À l’époque, cette découverte était parfaitement inutile — au point où Thomson a porté un toast mémorable à l’« inutile électron ». En 1934, au cœur de la Grande Dépression, alors que les gens réclamaient la fin de la recherche fondamentale afin de se concentrer sur la résolution de problèmes immédiats, Thomson a rappelé que sa découverte s’était avérée très utile (comme fondement de l’électronique). Il a alors déclaré : « Toute nouvelle découverte contient le germe d’une nouvelle industrie. » [traduction]

Si l’on me demandait de deviner quelles seront les répercussions de la recherche fondamentale dans l’avenir, je me tromperais — et même d’une manière risible —, parce que la réalité dépasse toujours les prévisions en ce qui concerne l’impact de la physique fondamentale. Les grandes découvertes transforment littéralement notre monde.

Il est crucial d’oser faire de la recherche en terrain inconnu. Pourquoi? Parce que si l’on ne s’intéresse qu’aux problèmes immédiats, nous n’irons jamais au-delà de l’horizon défini par ces problèmes. Les horizons de notre imagination sont beaucoup plus vastes que cela. Les horizons de ce qui est possible sont encore plus vastes — et s’élargissent rapidement. Je porte un toast à nos nouveaux horizons!

– Robert Myers, directeur de l’Institut Périmètre
et titulaire de la chaire Groupe-financier-BMO-Isaac-Newton

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