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Sir Martin Rees parle des étoiles, de la science et des indices de la présence de vie

Dans son ouvrage le plus récent, Sir Martin Rees, Astronome royal du Royaume-Uni, aborde comment les progrès technologiques rapides de l’humanité menacent — et pourraient ultimement assurer — notre survie en tant qu’espèce. Il a accordé à Dans le périmètre une entrevue au cours de laquelle il explique pourquoi il croit que la science nous procure l’aperçu le plus clair de l’avenir.

Un jour, quelqu’un a demandé à Sir Martin Rees, Astronome royal du Royaume-Uni, si son travail consistait à faire des horoscopes pour la reine d’Angleterre. « Si elle en voulait un, a-t-il répondu, je suppose que c’est à moi qu’elle le demanderait. » [traduction] Comme Sa Majesté n’en a pas encore demandé, M. Rees a travaillé en astronomie et non en astrologie. Cependant, depuis quelque temps, l’attrait des étoiles et galaxies lointaines est tempéré par ses préoccupations concernant des considérations beaucoup plus terrestres.

Dans son ouvrage le plus récent, intitulé On the Future: Prospects for Humanity (Perspectives d’avenir de l’humanité), M. Rees aborde comment les progrès technologiques rapides de l’humanité menacent — et pourraient ultimement assurer — notre survie en tant qu’espèce. En octobre, après avoir prononcé une conférence publique à l’Institut Périmètre, Martin Rees a accordé à Dans le périmètre une entrevue au cours de laquelle il explique pourquoi il croit que la science, et non l’astrologie, nous procure l’aperçu le plus clair de l’avenir.

Dans le périmètre : En tant qu’astronome, qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser autant à la vie sur la Terre?

Martin Rees : Eh bien, je crois que beaucoup de personnes dont le travail est centré sur certains sujets sont en même temps des citoyens qui, peut-être plus tard au cours de leur vie, orientent autrement leurs activités. Je suis suffisamment âgé pour avoir participé à des campagnes d’opinion à l’époque de la crise des missiles de Cuba, et depuis lors je me suis toujours intéressé au contrôle des armements. Plus tard, j’ai eu l’occasion d’œuvrer à des politiques scientifiques. Mon travail m’a donc amené à m’engager davantage sur des sujets généraux, comme l’impact que nous avons collectivement sur la planète et les inconvénients de nos technologies de plus en plus puissantes.

Dans le périmètre : Quelles questions vous tiennent actuellement en éveil la nuit?

Martin Rees : Je m’inquiète du fossé énorme entre ce que le monde pourrait être et ce qu’il est réellement. Je me préoccupe de la manière d’améliorer le sort des défavorisés. Sur le plan scientifique, je suis fasciné par le fait que la science est une entreprise progressive dans laquelle les idées sont d’abord spéculatives, puis finissent par se consolider pour faire partie d’un consensus. Si je fais un retour sur ma carrière, de nombreuses questions qui donnaient lieu à des spéculations quand j’ai commencé — même l’idée du Big Bang était spéculative à l’époque — ont fait l’objet de développements au point où l’on peut dire avec confiance et une marge d’erreur de quelques pour cent comment notre univers a évolué à partir de l’âge d’une nanoseconde. C’est un énorme progrès. Et les questions que nous tentons d’aborder à l’heure actuelle n’auraient même pas pu être posées il y a une décennie.

Dans le périmètre : À quelles questions spéculatives pourrions-nous d’après vous avoir bientôt une réponse?

Martin Rees : La question que les gens me posent le plus souvent quand ils apprennent que je suis astronome est : « Sommes-nous seuls dans l’univers, ou y a-t-il de la vie ailleurs? » Nous ne pouvons pas du tout répondre à cela maintenant. Nous ne savons pas si la vie sur la Terre a commencé par hasard. Mais dans 10 ans, nous aurons certains indices, grâce à la prochaine génération de télescopes, qui auront la puissance voulue pour recueillir des données sur une planète en orbite autour d’une autre étoile — la présence de continents et d’océans, ainsi que d’oxygène dans l’atmosphère. Nous saurons donc, peut-être d’ici 10 ans ou 50 ans, s’il y a de la vie sur d’autres planètes.

Dans le périmètre : En 1968, l’astronaute William Anders a pris la photo emblématique Lever de Terre, qui montre la Terre suspendue dans l’espace. Si l’on s’imagine 100 ans plus tard, et que des gens voient en 2068 cette image d’une planète qui héberge la vie, quelle sera d’après vous la signification de cette image pour l’humanité?

Martin Rees : Elle pourrait nous rendre en quelque sorte plus modestes, à l’échelle cosmique, que si nous pensions réellement être seuls dans l’univers. Ou elle pourrait signifier que nous sommes uniques. Mais même si nous sommes uniques, cela ne veut pas dire que la vie sera pour toujours une caractéristique banale du vaste univers. Une chose que nous savons en tant qu’astronomes, c’est que l’avenir est plus long que le passé. Comme l’a dit Woody Allen, l’éternité est très longue. Cela signifie que même si la vie était propre à la Terre — ce qui est possible sur le plan logique, — il resterait quand même beaucoup de temps pour que des descendants d’humains se répandent dans la galaxie.

Dans le périmètre : Votre ouvrage le plus récent porte sur les graves menaces existentielles propres à l’époque actuelle, mais vous demeurez quand même optimiste. Comment conservez-vous cet optimisme?

Martin Rees : Je suis plutôt pessimiste quant à notre capacité de traverser ce siècle sans certains reculs dus au fait que le village global aura toujours ses idiots du village, et qu’un petit nombre d’entre eux pourrait perturber la société et provoquer son effondrement. Si une proportion suffisante du public est galvanisée, je crois que la réaction politique peut être positive. Ce n’est que si ces questions occupent constamment une place importante dans la presse et dans les représentations faites aux politiciens que ces derniers leur accorderont la priorité. Il y a donc des raisons d’être pessimiste, mais si l’on peut utiliser la science d’une manière efficace et trouver le bon compromis entre sécurité, liberté et protection de la vie privée — afin d’éviter que les mauvais joueurs deviennent trop dominants —, je crois qu’on peut avoir des raisons d’être optimiste.

Dans le périmètre : Est-ce pour contribuer à un déploiement efficace de la science que vous donnez des conférences publiques et que vous écrivez des livres?

Martin Rees : Il est important pour une bonne démocratie que les gens comprennent la science, afin d’avoir un jugement éclairé et de ne pas se faire embobiner. De plus, c’est un objectif louable de comprendre l’univers auquel nous appartenons. Les gens vivent mieux en moyenne que dans toutes les générations précédentes, et cela est dû aux applications de la science. La science est le fondement du mode de vie dont nous profitons aujourd’hui. Mais la grande place qu’occupe la science dramatise les enjeux qui lui sont liés : nous pouvons réaliser de grandes choses, mais les inconvénients potentiels sont sérieux. C’est pourquoi l’interaction scientifique est très importante; et des lieux comme l’Institut Périmètre ont un rôle à jouer dans ce sens, en stimulant l’intérêt du public pour la science. La science est le volet le plus universel de notre culture, capable de transcender les barrières des religions et des nationalités plus facilement que d’autres secteurs de l’activité humaine.

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