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Sur la voie d’une inclusion plus large

Shohini Ghose, première spécialiste de l’équité, de la diversité et de l’inclusion à l’Institut Périmètre, veut se servir de données et de discussions pour améliorer la diversité en physique.

En ce qui concerne la présence des femmes en physique, le Canada en est à peu près au même point que d’autres pays semblables, c’est-à-dire que les femmes sont partout minoritaires. Et si l’on considère la diversité socio-économique et raciale, le portrait est encore plus sombre.

Dans son nouveau rôle de première spécialiste de l’équité, de la diversité et de l’inclusion à l’Institut Périmètre, Shohini Ghose veut se servir de données et de discussions pour s’attaquer à ce qui s’avère un problème pernicieux. Mme Ghose, qui est également professeure de physique et d’informatique à l’Université Wilfrid-Laurier et directrice du Centre de l’Université Wilfrid-Laurier pour les femmes en sciences, parle de son nouveau rôle avec Dans le Périmètre.

Dans le Périmètre : Vous voulez susciter des discussions ouvertes sur la diversité. Pourquoi?

Shohini Ghose : J’aimerais que ce soit aussi normal que d’écrire quelques équations au tableau. Mettons-nous devant un tableau et examinons les données les plus récentes sur l’inclusion. Nous savons que la diversité aide souvent à obtenir un meilleur rendement à tous points de vue, et la physique ne fait pas exception. Si certaines personnes se sentent incapables de réussir au niveau où elles le pourraient, ou si elles ressentent des facteurs de stress à surmonter, cela nuit à la physique. L’objectif est de trouver un moyen pour que chacun ait un rendement maximal. La grande question est de savoir si les gens sont au courant de ces difficultés. Selon moi, on suppose généralement que les choses vont bien, que les femmes ont des droits égaux : si elles décident de faire de la physique, rien ne les en empêche. Peut-être ne sommes-nous pas assez conscients que cela ne constitue pas une égalité des chances.

Dans le Périmètre : Comment expliquez-vous ceci à quelqu’un qui n’a jamais vécu ces difficultés?

SG : Mon rôle n’est pas d’expliquer quoi que ce soit à qui que ce soit! C’est plutôt de faciliter les conversations et de construire un milieu ouvert où chacun peut prendre conscience de la chose par soi-même. Chacun a sa manière d’aborder ce genre de sujet délicat. Un vrai changement survient lorsque la question elle-même devient normale.

Dans le Périmètre : Votre nomination coïncide avec un effort plus vaste à l’échelle canadienne pour explorer la diversité en sciences. À titre d’exemple, le CRSNG (Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada) envisage de lancer une version canadienne du programme Athena SWAN program (une charte d’égalité des genres pour les universités du Royaume-Uni). Comment le Canada se compare-t-il à d’autres pays pour ce qui est de la diversité en physique?

SG : J’ai vu des études montrant que le Canada en est au même point que bien d’autres pays occidentaux anglophones. Les chiffres les plus récents font état d’une proportion de 18 % de femmes parmi les professeurs d’université, ce qui est peu. Il y a eu une lente augmentation au cours des années, mais les chiffres stagnent en ce qui concerne les femmes non blanches. C’est un peu décourageantg.

Chaque pays a son propre contexte culturel. Nous devons réfléchir au contexte canadien et voir si le milieu est accueillant pour les femmes, pas seulement lorsqu’elles atteignent des institutions comme l’Institut Périmètre, mais bien avant cela, à l’école, pourquoi elles choisissent certaines spécialités plutôt que d’autres. C’est un exercice difficile parce qu’en général nous ne recueillons pas ces données de manière élargie. Cela fait partie de ce que le Canada doit mieux faire, selon moi : obtenir des données, mieux comprendre le contexte et voir ce qui est propre au Canada.

Dans le Périmètre : J’ai visionné récemment un exposé de Jocelyn Bell Burnell, où elle a déclaré qu’il est temps de mettre fin aux efforts d’inclusion des femmes pour plutôt amener les sciences vers les femmes. Où en sommes-nous entre le fait de « régler le problème des femmes » et celui de « régler le problème des sciences »?

SG : Des politiques comme celles des congés de maternité visent à corriger le système. Il en va de même de la formation sur les biais inconscients, des discussions sur l’égalité des genres ainsi que des politiques contre le harcèlement : elles visent à corriger le système plutôt qu’à faire en sorte que les femmes s’adaptent à un système déficient. Mais soyons clairs : ce sont des politiques venues d’en haut. Pour « régler le problème des femmes », il y a beaucoup de séances de mentorat et d’activités pour les filles. Je suis d’accord avec Jocelyn Bell Burnell : à long terme, cela fait plus de mal que de bien.

Pourrions-nous mettre fin à ce mentorat et à ces activités? Pas du tout. Nous avons besoin de telles béquilles jusqu’à ce qu’elles ne soient plus nécessaires et que l’on puisse aborder la santé du corps entier. Nous avons besoin de ces béquilles pour le moment. Il faut aussi qu’il y ait des initiatives venues de la base : des discussions, des conférences et des séances individuelles. Cette implication de la base manque pour le moment.

Dans le Périmètre : Ne devient-il pas épuisant pour les personnes sous-représentées de toujours expliquer pourquoi elles sont sous-représentées?

SG : Oui, bien sûr. C’est une double difficulté : d’une part vous êtes sous-représentées, et d’autre part c’est à vous que revient la charge de régler le problème. C’est comme d’aller à l’hôpital en étant blessé et de devoir faire soi-même l’intervention chirurgicale et les points de suture. Mais beaucoup de recherches en sciences sociales montrent que de véritables changements sociaux surviennent lorsqu’une certaine proportion minimale de la population y adhère, et non nécessairement la population dans son ensemble. C’est un peu comme en physique : lorsque l’on atteint une certaine masse critique, cela déclenche tout à coup une réaction en chaîne. Cette proportion se situe peut-être entre 25 et 30 % de la population.

Dans le Périmètre : Vraiment? Pas plus?

SG : Non, pas plus. C’est pourquoi j’ai de l’espoir : 25 à 30 %, c’est faisable. Cela ne vous fait-il pas plaisir? C’est comme cela qu’on peut convaincre les gens que ce n’est pas impossible. Songez au mouvement LGBTQ. C’est possible de changer les perceptions. Cela me donne de l’espoir.

Dans le Périmètre : Vous attendez-vous à ce que les physiciens soient ouverts à ces questions?

SG : Je crois que la grande force des physiciens vient de leur ouverture à de nouvelles idées. C’est une qualité essentielle pour un physicien. Nous avons tous au départ nos biais et réactions inconscients, nous aimons ce qui nous est familier et nous n’aimons pas nécessairement le changement. Mais s’il y a des personnes capables de changer, je crois que ce sont les physiciens. De toute manière, ils s’adaptent toujours à de nouvelles idées. Voici une nouvelle idée : examinez les données, testez des hypothèses. Soyez sceptiques : si vous n’y croyez pas, prouvez qu’elle est erronée; mais, au moins, intéressez-vous à l’idée. La question de la diversité est à l’ordre du jour depuis des décennies, et je ne prétends pas que nous allons la régler en quelques années. Nous en sommes au point de départ. L’Institut Périmètre pourrait être un chef de file en la matière. L’Institut est dans une position privilégiée parce que ce n’est pas vraiment une université, ni une entreprise à but lucratif. Sa position privilégiée lui permet d’utiliser sa très grande notoriété pour faire des changements qui fonctionnent et en être un brillant exemple.

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