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Conférences en temps de pandémie de COVID-19

Des physiciens du monde entier continuent de faire part de leurs recherches et de former des communautés scientifiques dans des conférences virtuelles. Mais que perd-on et que gagne-t-on avec ces activités en ligne? Les citations de cet article sont traduites d’entrevues en anglais avec Theo Johnson-Freyd, Stephanie Mohl, Bianca Dittrich et Silke Weinfurtner.

Il est 19 h à Waterloo, 1 h du matin aux Pays-Bas, et 7 h à Taïwan. Des physiciens du monde entier sont réunis — devant leur écran — pour parler de cohomologie elliptique lors de la première conférence de l’Institut Périmètre depuis le confinement dû à la pandémie.

Cette conférence de 4 jours, tenue en mai entièrement en ligne, a été organisée conjointement par Theo Johnson-Freyd, postdoctorant à l’Institut Périmètre, Nora Ganter, Yaping Yang et Gufang Zhao, de l’Université de Melbourne, et Daniel Berwick Evans, de l’Université de l’Illinois.

M. Johnson-Freyd s’attendait à réunir environ 40 participants, mais il y en a eu près de 80. Des chercheurs de l’Allemagne, des Pays-Bas, de Taïwan, de Singapour, des États-Unis et du Canada ont pris la parole, et les modérateurs venaient d’aussi loin que la Chine et l’Australie.

M. Johnson-Freyd pense que la conférence a été un succès, en partie parce qu’elle était de petite taille, et en partie parce que les organisateurs et les modérateurs avaient déjà commencé à former une communauté sur le sujet. « Il y avait assez de personnes qui se connaissaient pour que les discussions puissent être décontractées et productives. »

Pour atténuer le problème des fuseaux horaires, les organisateurs ont réparti les exposés, avec 2 séances le matin et une le soir, à 19 h, heure de l’Est. « Comme la Chine, Singapour et Taïwan ont un décalage de 12 heures par rapport à l’Ontario, dit M. Johnson-Freyd, aucune heure ne convient parfaitement pour une conférence internationale. » Meng Guo, postdoctorant à l’Institut Périmètre, qui est actuellement en Chine, restait debout jusqu’à minuit passé pour participer à la conférence, puis se levait tôt pour assister aux séances diffusées le matin en Chine.

Chers organisateurs de conférences virtuelles, veuillez tenir compte des fuseaux horaires dans votre calendrier. Je vous assure que ce n’est pas évident.

« Si l’objectif principal de la conférence est de diffuser des idées de recherche, Zoom est l’outil parfait », dit M. Johnson-Freyd. Par contre, si l’on a des objectifs de réseautage et de création d’une communauté, il croit qu’ils peuvent être plus difficiles à atteindre dans une conférence virtuelle. Le chercheur se demande aussi s’il est nécessairement plus facile pour les physiciennes de participer à des conférences en ligne.

« D’un côté, dit-il, pour certaines femmes qui ont des enfants, c’est plus facile de participer à une conférence en ligne que d’y aller en personne. D’un autre côté, la participation à une conférence est une bonne manière de s’éloigner du travail de tous les jours, y compris des tâches domestiques. Mais en pratique, il est plus acceptable pour un homme que pour une femme d’esquiver les tâches domestiques afin de participer à une conférence en ligne. »

L’organisation d’une conférence en ligne, en tenant compte des besoins des divers participants, constitue un nouveau défi alors qu’il y a beaucoup de restrictions de déplacement en raison de la COVID-19. Stephanie Mohl, qui coordonne le programme de conférences de l’Institut Périmètre, travaille depuis 3 mois avec des organisateurs scientifiques, afin d’assurer la poursuite du programme renommé de conférences de l’Institut.

« L’Institut Périmètre exerce énormément d’attraction, dit-elle. L’intérêt est phénoménal. » Une récente conférence sur la théorie de la représentation géométrique a vu s’inscrire plus de 100 participants, alors qu’il n’y avait eu que 44 inscriptions pour la version en personne prévue auparavant.

Les organisateurs scientifiques constatent le même phénomène ailleurs. Pour la première fois en 30 ans, la conférence Strings 2020 sur la théorie des cordes et des sujets connexes a été organisée par une institution africaine — et s’est tenue virtuellement avec 2 301 personnes inscrites. Auparavant, une grande conférence de cette série réunissait entre 400 et 500 personnes.

La tenue de conférences par Zoom peut supposer une courbe d’apprentissage abrupte : les orateurs et les modérateurs ont besoin d’une bande passante suffisante, et les autres personnes ont besoin de beaucoup d’occasions de participer aux discussions et de faire connaître leurs recherches.

« Le personnel audio-visuel a joué les héros dans tout cela, dit Mme Mohl, fournissant aux chercheurs le soutien nécessaire pour qu’ils puissent poursuivre leur travail. » Elle ajoute que d’autres environnements font l’objet d’essais pour s’ajouter à Zoom dans l’avenir.

Les conférences en personne donnent souvent l’occasion aux participants de présenter leurs travaux lors de brefs exposés ou d’une séance d’affiches. Dans le cas de la conférence 2020 de l’Institut Périmètre sur la gravitation quantique, cela s’est fait en ligne, avant la conférence proprement dite. Les participants qui le souhaitaient ont préparé des vidéos de 2 à 5 minutes de leurs affiches, afin que les autres puissent les regarder avant le début de la conférence, et celle-ci prévoyait une période de discussion à propos de ces présentations. Les auteurs des vidéos pouvaient indiquer leurs coordonnées, ce qui permettait aux participants de communiquer avec eux.

« Lorsqu’une conférence se termine, ce n’est pas la fin des recherches, dit Mme Mohl. La conférence doit fournir des possibilités pour que les recherches et la collaboration se poursuivent ultérieurement. »

Bianca Dittrich, professeure à l’Institut Périmètre, a été coorganisatrice de la conférence de 2020 sur la gravitation quantique. Non seulement c’était la première conférence en ligne qu’elle organisait, mais c’était aussi la première à laquelle elle participait.

« Nous avons décidé d’avoir moins d’exposés — nous avons annulé les séances en parallèle — mais d’augmenter le nombre de séances de discussion », dit-elle en faisant remarquer que la conférence en personne devait à l’origine être très interactive.

Les discussions ont eu lieu sous plusieurs formes, en direct et en différé : séances Google Hangout pour les petits groupes, groupes de clavardage Slack, cocktails et repas virtuels. Les séances principales avaient lieu entre 9 h et 14 h, heure de l’Est, mais Mme Dittrich avait le sentiment que l’ajout de discussions en différé était particulièrement important, étant donné la présence de participants de nombreux fuseaux horaires.

« Nous espérons qu’il y aura une mise à jour sur les développements les plus récents, dit-elle. Mais comme nous cherchions principalement à relier divers sous-comités sur la gravitation quantique, nous avons laissé beaucoup de place aux discussions et nous avons ajouté des possibilités de réseautage. »

Silke Weinfurtner, professeure à l’Université de Nottingham et adjointe invitée à l’Institut Périmètre, utilise la conférence de 2020 sur la gravitation quantique comme modèle d’une conférence qu’elle coorganise pour septembre à titre de présidente de l’ISRQI (International Society of Relativistic Quantum Information – Société internationale de l’information quantique relativiste). L’IRSQI tient généralement une réunion par année, et Mme Weinfurtner espère offrir un environnement pour que les membres puissent se rencontrer et interagir, même si ce n’est pas en personne.

Silke Weinfurtner a également fait un exposé lors de la conférence de 2020 sur la gravitation quantique. C’est la première fois qu’elle organise une conférence virtuelle, mais elle a déjà participé à un certain nombre de conférences de ce genre.

« Étant donné les circonstances actuelles, c’est le mieux que l’on puisse faire. Je gagne du temps de déplacement, dit-elle, mais c’est plus difficile de participer et de se concentrer pendant tous les exposés, car j’ai aussi tous mes engagements chez moi, y compris de faire l’école à la maison. Mon objectif est de rester en contact avec mes collègues pendant la pandémie. »

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